La Petite Fille aux Feuilles

Il était une fois une petite fille aux feuilles

Ce jour là, l’hiver sévissait. De gros flocons blancs voltigeaient. La petite fille émergeait de son sommeil. Emerveillée, elle savourait l’instant.

Elle volait …

Transportée, elle s’éleva, elle ouvrit la fenêtre givrée. Elle entrait dans sa vie.

Elle se mit à danser avec les flocons, elle virevoltait légère et amusée. Un danseur vêtu de blanc l’interpella. “Voulez vous danser jeune fille ? lui dit il. Intimidée, étonnée par tant égards, elle accepta. Ils tournèrent, tournèrent, ivres de joie. Son jeune cœur s’éprit, elle se noya dans les flots de la passion.

Elle volait …

Il marchèrent un long moment enlacés.. Soudain son Prince Charmant s’évapora. Surprise, elle perdit ses ailes. Elle piqua du nez quand soudain un bras rayonnant la saisit. Dans la nuit noire, il se mit à scintiller. Il dégageait une belle et douce chaleur qui réchauffait son cœur. Elle s’en approcha et il lui tendit la main. Il venait de se lever, il s’appelait “Soleil”.

Il la réconforta « Je vais te faire découvrir ce qu’il y a de plus beau ma petite. Rassure toi, je serai toujours là » lui dit il. Consolée, elle se sécha les larmes.

Elle ne volait plus, elle marchait.

“Soleil” sortit ses rayons multicolores. Il s’exprimait avec douceur. Un être bon et paisible. Elle se sentait bien en sa présence. Il devait être un Dieu ou quelque chose comme ça se dit elle.

Plus bas , bien plus bas, il y avait une boule ronde, elle s’appelait la Terre. Il y fit apparaître les océans colorés d’une jolie palette bleutée ; puis il créa les prés et les forêts qu’il peignit en vert. Son visage reflétait la sérénité. Il continuait d’illuminer la terre de ses jolies couleurs spectrales. De véritables beautés miroitaient et le cœur de la petite fille se remplissait de joie de vivre. Elle rayonnait. Elle avait du voler pour connaitre cet instant. Elle voulait y rester. Elle resta un bon moment assise à côté de son guide. Silencieux, il profitaient des beautés qu’il créait.

« Soleil » s’arrêta un instant. Il lui prit la main.

“Il est temps de rentrer chez toi maintenant, je dois poursuivre mon chemin et le tien va bientôt être plongé dans le noir. Mes rayons vont te poser dans ton petit lit. Chaque matin dès l’aube, tu me salueras. Profite de toutes les beautés que je te ferai découvrir. Le soir venu, le coeur coloré, salue mon départ, endors toi sereinement. Chaque jour tu me retrouveras lui dit-il posément.

Soleil attendri pas la fraîcheur de sa jeunesse, lui caressait sa soyeuse chevelure.

Elle acquiesca. Elle partit portée par une belle lumière. Elle la déposa comme prévu dans son petit lit douillet.

Le matin, plus de flocons, elle se dirigea vers la fenêtre et elle salua celui qu’elle avait rencontré dans son rêve.

Les années passèrent et la petite-fille grandissait. Les feuilles mortes avaient remplacé les flocons. Ellle aimait sans asperger quand elle promenait dans les bois. Elle vivait sa vie comme elle lui avait promis dans un monde qu’elle trouvait si loin du bonheur qu’elle éprouvait. Elle était différente. Elle apprit à se cacher en son sein pour éviter l’intolérance. Elle devint une femme, une mère et même une grand-mère. Cependant la petite-fille vivait. Elle se sentait à l’étroit dans ce corps qui la protégeait. Il en souffrait et il lui fit savoir.

Elle ne pouvait plus se cacher. Elle allait vivre et assumer “la petite-fille aux feuilles” qu’elle était restée. Elle avait tant de belles choses à partager enfouies dans son être. Elle se baladait souvent dans la nature au lever et au coucher du jour. Un jour “Soleil” lui dit : “ Ton corps est meurtri et fatigué mais tu as tant de choses en toi ! Partage les … “ Elle se souvint de la fenêtre givrée, de son envol, de ses rencontres, des rayons colorés, de la bonté du soleil …

La toile, la feuille, la partition seraient les fenêtres par lesquelles elle s’envoleraient pour y raconter les beautés colorées de la Vie.

Contre vents et marées, elle imposa son rêve, sa joie de vivre, son “être”.

Aujourd’hui, quelques années plus tard, on l’a dit artiste. Elle pense “Je vis, j’existe”.

Assise devant sa fenêtre, elle pense au chemin parcouru depuis son rêve de petite fille. Il lui avait montré son chemin. Elle sait qu »il est bon de rêver, qu’il est bon de se préserver, qu’il est bon d’avoir la patience de renaître.

Chaque jour est un nouveau départ. L’accueillir dès l’aube, le vivre comme s’il était le premier. Le soir venu, le remercier pour sa bonté et s’endormir sereine.

©️ Zoé Valy

5 août 2019

Conte présent dans le recueil édité par les Éditions du Roi Barbu « Au pied du Sapin » Collaboration artistique avec Krydtin Vesteralen Conteuse, auteure et éditrice.